PRÉLUDE À LA TEMPÊTE

Le 1er avril 1939. La guerre menace d’éclater en Europe. L’écrivaine anglo-américaine Iris Origo – alors propriétaire du domaine La Foce dans le Val d’Orcia – vient de consigner ces quelques lignes dans son journal intime :

« La déclaration de Chamberlain a été reçue tièdement par la presse, mais non sans un certain enthousiasme chez les particuliers – qui la perçoivent comme un frein aux aspirations de Hitler.
L’un de mes voisins (petit agriculteur perspicace, sensé, homme âgé) est venu déjeuner tout à l’heure, et il s’est dit ouvertement écœuré des récents évènements. Il s’indigne, par exemple, de cette phrase de Mussolini : “La paix menace la civilisation”. “Et la Suède et la Norvège, alors ? a-t-il enchaîné, ne sont-elles pas plus civilisées que nous ? Et plus heureuses que nous ?” (Ses propos me surprennent ; il ne les aurait pas tenus il y a seulement cinq ans.) Il nous dit que tous ses paysans, à l’instar des nôtres, sont alarmés. »

Iris Margaret Origo (1902-1988) a écrit plusieurs essais, mémoires et biographies au cours de sa vie. Parmi les plus notoires : Images and Shadows, The Merchant of Prato et son excellent Guerre dans le Val d’Orcia, journal intime couvrant les années 1943 et 1944, et paru pour la première fois en 1947 – j’y ai déjà fait allusion dans un précédent billet. L’extrait ci-dessus, toutefois, est tiré d’un journal d’avant-guerre qui n’a été redécouvert que récemment , et qui a enfin été publié l’année dernière sous le titre A Chill in the Air: An Italian War Diary 1939-1940.

Dans ce livre captivant, Iris Origo observe avec une grande perspicacité les mutations politiques de l’Italie d’avant-guerre. Chaleureusement recommandé par la revue The New Yorker, A Chill in the Air n’est sans doute pas le livre de plage idéal, mais en nous rappelant qu’en ce bas monde les choses peuvent déraper très vite, il se révèle, par les temps qui courent, d’une actualité saisissante.

Le 20 juillet 1939, Iris écrit : « Je viens de prendre le thé avec des antifascistes très sympas, les Braccis. Ils sont très pessimistes – comme tous leurs amis, d’ailleurs – quant à l’éventualité d’une guerre, et l’optimisme des milieux fascistes, à leurs yeux, relève soit de la propagande, soit du pur fantasme. La comtesse Bracci, qui a deux fils de 19 et 22 ans, est particulièrement déprimée. “Ce serait déjà triste, dit-elle, de les voir se battre pour une cause en laquelle ils croient. Mais de savoir qu’ils iront au front pour ce qu’ils abhorrent et méprisent…” »

 

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